HUMAIN / POETIQUE / PHILOSOPHIQUE / ECOLOGIQUE /
SPIRITUEL / PRATIQUE / INSPIRANT / REVOLUTIONNAIRE
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BIOGRAPHIE
Les enfants, vous savez, lorsqu’ils changent de déguisement, deviennent qui ils veulent.
En un instant: cowboy, indien, cosmonaute, plongeur…
…manant, sage, fou ou pourquoi pas empereur.
Merveilleuse capacité plurielle qui nous verra par sa perte dégringoler tels des anges déchus .
Tout petit sur la photo, devant un four, à côté d’un panier empli de baguettes, on m’avait déjà pourtant affublé d’une toque et d’un tablier : j’allais finir, comme trois générations de courageux ascendants avant moi par me lever dans le silence des aurores pour préparer avec amour et sueur le pain et les douceurs qui nourriraient mes congénères.
Pour ne pas choir malgré tout, j’avais décidé d’accrocher mon innocence à l’art : la pâte et le sucre sont de nobles matériaux qui me permettraient d’improviser des créations tant uniques qu’éphémères: de mon fournil, de mon laboratoire, je tissais des liens avec d’autres univers.
La musique était là elle aussi: la plupart de mon temps libre allait lui être consacrée.
Je n’imaginais d’ailleurs pas, à quel point le cris primal qui allait jaillir d’un grenier deviendrait fondateur.
Nous briserions tout d’abord le silence avec notre chaos. Nous créerons un espace, sans règles, sans censures, sans limites : cathartique.
De cette soupe primordiale nourrit à la sueur et aux tripes naîtra un groupe pour lequel j’allais tout donner: j’y’apprendrai quid de la composition, de la scène, du studio, de l’écriture, de la réalisation,
de la promotion, du dessin, de la vidéo, de l’alternatif, de l’indépendance, jusqu’a la folie.
Jour après jour je lui troquerais mes heures de sommeil tel un tribut, espérant qu’il me permette
ne serait-ce que de garder un pied dans le paradis originel.
Malgré tout la chute fut inexorable et plus que douloureuse !
Elle allait néanmoins me voir remonter avec une bonne nouvelle:
On ne tombe pas par hasard, frappé par un quelconque coup du sort, mais pour apprendre à user les formes qui nous éloignent du fond !
Comprendre cela allait me rappeler que derrière chaque souffrance, se cache en réalité
l’espoir d’une retrouvaille avec notre véritable essence.
C’est tout en bas justement, au détour de bien curieuses coïncidences que m’attendrait ma part de rêve.
Elle allait, contre toute attente, m’offrir de renaître: des ruines de l’ancien moi allaient jaillir les fondations d’un nouveau monde.
Si les anges bien sages demeurent au paradis, ceux qui ont appris de leur dégringolade
vont où ils veulent car ils retrouvent la capacité de choisir.
C’est ainsi que je revendrais l’affaire familiale pour me consacrer entièrement à mes aspirations profondes.
J’ouvrirais d’abord un studio d’enregistrement dans lequel j’aiderais les artistes à retrouver leur propre son,
leur propre voie. J’y produirais également l’album qui clôturera notre belle aventure.
Point final magistral, au Maroc, au pied d’un minaret, dans une église blanche transformée en temple de la liberté d’expression, nous jouerons une toute dernière fois devant une foule déchainée une musique jusqu’alors ici interdite.
Chaque fin est un nouveau commencement. Je conservais l’en-vie et forcément le besoin de la partager. En ce sens je créerais des ateliers d’expression où chacun, quelques soient ses limites ou son handicap pourrait retrouver ses fonctions d’expression vitales originelles.
Mes voyages, notamment en Chine et au Guatemala élargirons mes horizons intérieurs: entre autre grâce à la découverte du chi, du chamanisme et via l’apprentissage du qi-gong, du Reiki et de l’escrime traditionnelle japonaise dont je suis heureux aujourdh’hui de participer à la transmission.
Sur ce chemin, les rencontres me permettront de vivre des expériences transformatrices;
Une toute particulière me conduira a vivre une véritable apocalypse intérieure: par delà «le jugement dernier» m’attendrait l’expérience de l’unité…
Entre orient et occident, j’allais retrouver mon étoile: elle m’éclairerait désormais.
Dissipant bien des illusions, elle me permettra de développer un discernement et une éthique indispensable à la mise en oeuvre d'une pratique d’accompagnement respectueuse du pouvoir et des rythmes de chacun :
la méthode RÊVeil.
Durant plus de vingt ans, j’accompagnerais ainsi des centaines de personnes dans leurs processus de retrouvailles avec elles même.
Durant les séances, aucun combat, aucune intention de guérir quoi que ce soit, juste une écoute offerte aux psychés et aux corps: un messager entendu délivrera toujours avec justesse ce qui demeure dans la nudité de nos humanités.
L’intimité et la confiance offerte par chacunes des personnes accompagnées fut pour moi une intarissable source d’enseignements et d’inspiration, pour cette raison j’aimerais leur dédier mon oeuvre.
La fréquence de manifestations en lien avec les transmissions généalogiques lors des séances me poussera à approfondir le sujet: l’exploration de mon propre arbre me fera découvrir entre autre, que l’âge de ma chute correspondait en fait à celui du décès accidentel du tout premier ancêtre boulanger de ma lignée:
je lui avait rendu mon tablier, je lui rendrait maintenant hommage en continuant à me former tout en développant des outils d’expressions tel que l’analyse transgénérationnelle et le théâtre ancestral…
Dans cette continuité, j’oeuvrerais sans relâche pour semer les graines glanées à la grande école de la vie : j’interviendrais lors de conférences, de rencontres, de publications, de concerts, de formations ou encore au coeur d’un festival de rock, dans les écoles, les associations et durant plus de deux ans même, bénévolement au sein d’une maison de retraite.
Certes le réel, le terrain m’ont exposé indéniablement aux manques, aux failles, aux ruptures, à tout ce qui, si nous n’y prenons garde, finira par nourrir les mangeurs d’espoir qui vivent en nous.
Nos maux personnels concourent au mal collectif et vice-versa: les dictateurs qui depuis l’aube des temps nous asservissent en cultivant le conflit ne seront plus jamais les vainqueurs qui écrivent l’histoire si courageusement nous regardons la notre en face. Il suffit d’un pas pour franchir le miroir des ombres qui nous cernent, reflet de nos propres ombres. Il nous attend, de l’autre coté, un pendant contraire, un bien pour un mal: un antidote.
Si nous avons si mal au monde, c’est peut être parce que nous n’y percevions jusqu’alors que la part la plus vile de nous même ? Si nous vivons l’enfer, c’est peut être simplement parce que nous avons perdu le chemin qui le reliait au paradis ?
L’oeuvre est colossale, semble insurmontable, mais d’ou j’en suis, j’aimerais de tout mon coeur, simplement rappeler que: qui que vous soyez et ou que vous en soyez, quelque soit l’état de votre monde, quelque soit l’état du monde: il n’y a point de chute définitive: juste un oubli.
Un simple oubli, qui si nous retrouvons la mémoire, nous aidera quoi qu’il en soit à garder un coeur ouvert, un esprit imaginatif et deux mains habiles. Peut être alors pourrons nous à nouveau faire de notre vie une oeuvre au service de la vie ? N’est ce d’ailleurs pas ce que font naturellement tous les enfants, vous savez, lorsqu’ils jouent et deviennent qui ils veulent ?
Laurent Vitureau